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Culture et cultures : relativisons

Dernière mise à jour : 19 oct. 2022

Tout le monde aime la culture. Mais parler de la culture, surtout de la culture des autres, c'est risqué (risqué dans la vraie vie ; sur les réseaux sociaux, c'est carrément dangereux ;) ). Quel tabou entoure la notion de cultureS ? Quelle posture adopter face à la culture de l’autre ? S’avouer ignorant, poser des questions, donner son opinion, se taire… ? Parler de la culture de l’autre est souvent synonyme de comparaison des cultures, un exercice périlleux… Pour comprendre pourquoi, nous avons abordé cette question d’un point de vue philosophique en creusant un concept lévi-straussien : le relativisme culturel.


Peut-on comparer des cultures différentes ? Claude Lévi-Strauss a beaucoup traité la question de rapport entre les cultures : entrons en immersion dans sa doctrine.


L’ethnocentrisme : quand la culture a un trop gros ego


“L’attitude la plus ancienne consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles (morales, religieuses, sociales, esthétiques) qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions” (Claude Lévi-Strauss, dans son livre "Race et Histoire" en 1952). Il dénonce ici le phénomène d’ethnocentrisme culturel : une attitude qui consiste à considérer sa propre société comme un modèle et à voir toute différence par rapport à ce modèle comme un signe d’infériorité ; ou encore : une attitude qui consiste à rejeter dans la nature toute culture distincte de la sienne. Cette attitude découle d’un sentiment de jugement et de peur envers tout ce qui est différent.


Lévi-Strauss prend pour exemple les cultures grecques et occidentales. Dans l’Antiquité, le terme “barbare” désignait toute personne ne parlant pas grec. Tel un animal qui émet des sons qu’on ne comprend pas, le “barbare”, dont la langue était incompréhensible pour le Grec et semblait dénuée de sens, était donc considéré comme faisant partie de la nature au même titre que les animaux. Les Grecs avec les “barbares”, les Occidentaux avec les “sauvages”, mais aussi la majorité des autres cultures avec toute forme d’étranger, faisaient ainsi preuve d’ethnocentrisme. La notion d’humanité, censée regrouper toutes les cultures, est en réalité très récente : “la notion d’humanité, englobant, sans distinction de race ou de civilisation, toutes les formes de l’espèce humaine, est d’apparition fort tardive et d’expansion limitée. Là-même où elle semble avoir atteint son plus haut développement, il n’est nullement certain – l’histoire récente le prouve – qu’elle soit établie à l’abri des équivoques ou des régressions. Mais, pour de vastes fractions de l’espèce humaine et pendant des dizaines de millénaires, cette notion paraît être totalement absente. L’humanité s’arrête aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village.”


Le relativisme culturel : tout est une question de point de vue


Contre l’ethnocentrisme, Lévi-Strauss appelle au relativisme culturel. C’est même une nécessité à la fois intellectuelle et politique (contre l’expansionnisme). Dans “Notions de philosophie”, Denis Kambouchner résume le relativisme lévi-straussien : “tout idéal ou modèle culturel étant circonscrit dans son aire de validité, aucun n’est en droit universel ni, dans l’absolu, supérieur à d’autres”, ou encore, citant Claude Lévi-Strauss , il évoque “l’absurdité qu’il y a à déclarer une culture supérieure à une autre”.


Ce relativisme culturel s’applique à deux niveaux.


Au niveau de l’ethnologue, tout d’abord, dont le métier est l’étude des populations. L’ethnologue se doit d’éliminer tout jugement moral par rapport aux coutumes et mœurs des populations étudiées. Ou comme le dit Spinoza : “Ne pas rire, ne pas pleurer, ne pas haïr, mais comprendre”. Tout rite existe au sein d’un système de valeurs et de symboles que l’ethnologue doit comprendre ; il doit changer de système de référence et de morales, la morale étant toujours fonction de la société à laquelle on appartient.


À un niveau plus général, le relativisme culturel implique qu’il est impossible de comparer deux cultures et de les placer sur une échelle unique de supériorité. Il n’y a pas d’évolution unique des sociétés, mais bien des directions différentes, de sorte que chaque culture connaît ses succès et ses échecs dans des domaines distincts. C’est ainsi un non sens de comparer deux cultures.


Lévi-Strauss donne les exemples suivants : “La civilisation occidentale s’est entièrement tournée, depuis deux ou trois siècles, vers la mise à disposition de l’homme de moyens mécaniques de plus en plus puissants (...). Mais si le critère retenu avait été le degré d’aptitude à triompher des milieux géographiques les plus hostiles, il n’y a guère de doute que les Eskimos d’une part, les Bédouins de l’autre emporteraient la palme. L’Inde a su, mieux qu’aucune autre civilisation, élaborer un système philosophico-religieux , et la Chine, un genre de vie, capable de réduire les conséquences psychologiques d’un déséquilibre démographique (...). L’Occident, maître des machines, témoigne de connaissances très élémentaires sur l’utilisation et les ressources de cette suprême machine qu’est le corps humain. Dans ce domaine, au contraire, comme dans celui, connexe, des rapports entre le physique et le moral, l’Orient et l’Extrême-Orient possèdent sur lui une avance de plusieurs millénaires.”


L’étude des cultures nécessite, ainsi, une “distance à l’égard de soi où se trouve le commencement de toute éthique” (“Notions de philosophie”, Denis Kambouchner).


Ta culture vs ma culture : match nul


La culture de l’autre est un sujet sensible, certes. Mais pas tabou. Il faut parler de culture : de la sienne de celle de l’autre… l’échange est riche et ouvre l’esprit. Parler de culture, ce n’est pas dangereux, ce n’est pas interdit, et ce n’est pas irrespectueux.


Mais ce que le relativisme culturel nous enseigne, c’est qu’il faut savoir adopter une posture de non jugement, de regard critique vis-a-vis de soi, et s’interdire toute comparaison sur une échelle de valeur. Comprendre que chaque culture existe dans son propre référentiel de valeurs qui nous échappe probablement : voilà la clé de la sagesse et de la délivrance. Bref, il faut parler de culture, questionner, s’intéresser, et se mettre à la place de l’autre, avec empathie et humilité.



 

Pour faire simple...

- Le fait de juger des pratiques culturelles étrangères en fonction de son propre système de valeur a un nom : l'ethnocentrisme culturel
- Le relativisme culturel appelle à ne pas comparer deux cultures sur une échelle de supériorité. Chacun ses forces : alors que l'Occident maîtrise les machines, les Eskimos et les Nomades sont plus qualifiés pour survivre dans des conditions extrêmes. Faire preuve de relativisme culturel, c'est se mettre sur un pied d'égalité avec un étranger, et donc être plus ouvert à l'échange et prévenir les tensions
- Ça ne veut pas dire qu'on ne peut pas avoir une opinion personnelle et l'exprimer ! On peut ne pas vouloir vivre dans un monde où les femmes n'ont pas de droits, les minorités persécutées, les personnes LGBTQIA+ discriminées... Chaque culture existe à une époque donnée, dans des conditions données. Quand des cultures se joignent entre elles, elles doivent former un nouveau système de valeurs communes : cela crée une civilisation
 

La culture, les cultures et ensuite… les civilisations. Dans les prochains articles de cette série philo, nous abordons les questions de la formation des civilisations, de culture des élites et de transmission culturelle… C’est par ici :





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Un grand merci à Arnaud Clément, docteur en philosophie, pour ses éclairages et conseils de lecture !


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