Vous a-t-elle raconté son Algérie ?

Vous a-t-elle raconté son Algérie ?

Vous a-t-elle raconté sa famille, son enfance, son Algérie ?

Souvent, on se souvient des silences. Des sujets que nos grands-parents abordaient peu, des questions qu'on n'a pas pensé à poser, ou qu'on aurait aimé poser davantage. Mais parfois, certaines grands-mères racontent autrement.

Djoher Amhis-Ouksel, elle, a beaucoup raconté.

Pendant plus de vingt ans, elle a échangé des lettres avec sa petite-fille Yasmine, partie poursuivre ses études en France. Dans ces lettres, elle lui parlait de son quotidien, de ses lectures, de sa famille, de l'Algérie. Elle lui racontait aussi les événements qu'elle avait traversés et le pays qu'elle avait vu se transformer tout au long de sa vie.

Parce que Djoher a vécu 97 ans en Algérie. Et quand on déroule le fil de sa vie, c'est presque un siècle d'histoire qui apparaît.

Une femme, presque un siècle d'Algérie

Djoher Amhis-Ouksel naît en 1928, dans une Algérie alors colonisée par la France.

Elle a onze ans lorsque débute la Seconde Guerre mondiale. Vingt-six ans au début de la guerre d'indépendance. Elle assiste à l'indépendance de l'Algérie en 1962, puis aux décennies de construction du nouvel État algérien. Plus tard viennent les années 1990 et la décennie noire.

Dans une lettre envoyée à Yasmine en 1999, elle pose elle-même quelques-uns de ces jalons : la guerre de 1939, la guerre d'indépendance, puis les années de terrorisme.

À la fin du siècle, elle écrit aussi être heureuse d'avoir eu le temps de vivre suffisamment longtemps pour avoir assisté à l'indépendance de l'Algérie.

Quelques phrases seulement, et pourtant, derrière elles, il y a déjà une vie entière.

Mais que raconte-t-on de son pays à sa petite-fille ?

C'est peut-être ce qui nous touche le plus dans les archives que Yasmine nous a confiées.

Parce que Djoher ne raconte pas seulement la grande Histoire. Elle raconte son Algérie, celle de son quotidien, de sa famille, de ses lectures, des personnes qu'elle rencontre et des livres qu'elle aime. Celle d'une femme qui a grandi dans ce pays, y a enseigné, élevé ses enfants, traversé ses bouleversements et consacré une immense partie de sa vie à la littérature.

Au fil des lettres, des photographies et des souvenirs, on découvre forcément une Algérie différente de celle que raconterait un manuel d'histoire. Une Algérie vécue, dans laquelle la littérature prend pour celle qui la raconte une place immense.

Photo issue des archives laissées par Djoher Amhis-Ouksel à sa petite fille Yasmine Amhis. Cette photo a été prise le jour de l'indépendance de l'Algérie en 1962.

Raconter l'Algérie à travers celles et ceux qui l'ont écrite

Djoher était professeure de lettres, écrivaine et passionnée de littérature algérienne.

Alors lorsqu'elle raconte l'Algérie à Yasmine, les livres ne sont jamais très loin. Parce que pendant que Djoher traversait ces différentes époques, des écrivains et des écrivaines les racontaient eux aussi.

Mouloud Feraoun écrivait l'Algérie coloniale et la guerre. Assia Djebar interrogeait l'histoire, les femmes et leurs voix. Plus tard, Tahar Djaout ou Rachid Mimouni écriraient les désillusions et les violences qui traversaient le pays. D'autres encore raconteraient l'exil, les langues, la famille, l'amour ou simplement la vie quotidienne.

C'est l'un des fils que nous avons voulu suivre dans L'Encre et le Figuier : mettre en regard l'histoire d'une femme qui a traversé presque un siècle d'Algérie et les textes de celles et ceux qui, au même moment, tentaient de mettre des mots sur leur époque.

Et vous, vous a-t-elle raconté son Algérie ?

En travaillant sur ce livre, on a passé beaucoup de temps à regarder les photographies de Djoher, à lire ses lettres, ses carnets et ses notes, et forcément, une question revient spontanément : que savons-nous vraiment de l'Algérie de nos grands-mères ?

Pas seulement des grands événements qu'elles ont traversés. Mais de ce qu'elles en pensaient. De ce qu'elles lisaient, ce qu'elles ressentaient. Des endroits qu'elles aimaient. De leurs souvenirs d'enfance. De ce qui les faisait rire, peur ou espérer.

Certaines ont énormément raconté. D'autres beaucoup moins.

Certaines ont laissé des lettres, des photographies, des carnets. Pour d'autres, il reste quelques histoires répétées lors des repas de famille, une vieille photo dont on ne connaît plus très bien la date, quelques phrases dont on se souvient.

C'est aussi ce qui rend les archives laissées par Djoher si précieuses. Grâce à elles, Yasmine peut aujourd'hui reprendre le fil, et nous permettre, à notre tour, de découvrir un peu de son Algérie.

C'est cette histoire que nous racontons dans L'Encre et le Figuier, aux côtés de celles des écrivains et des écrivaines qui ont mis des mots sur près d'un siècle d'Algérie.

Découvrez L'encre et le figuier, un livre de Yasmine Amhis

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