Assia Djebar : écrire pour rompre le silence

Assia Djebar : écrire pour rompre le silence

« J'écris à force de me taire, j'écris au bout et en continuation de mon silence. »

Ces mots sont ceux d'Assia Djebar, l'une des plus grandes voix de la littérature algérienne. Romancière, historienne et cinéaste, elle a consacré une grande partie de son œuvre à raconter l'Algérie, son histoire, mais aussi et surtout les femmes qui l'ont vécue.

Elle publie son premier roman en 1957, en pleine guerre d'indépendance algérienne. Au fil des décennies, son œuvre explore les bouleversements de son pays, de la période coloniale à l'Algérie indépendante, en interrogeant notamment la place des femmes, leur liberté et leur rapport à la mémoire.

Dans ses romans, Assia Djebar fait entendre les voix de celles qui ont vécu les bouleversements de l'histoire sans toujours pouvoir les raconter. À travers leurs souvenirs, leurs paroles et leurs silences, elle nous invite à découvrir une autre manière de lire l'histoire de l'Algérie.

Derrière les grands événements historiques, il y a aussi des vies ordinaires, des aspirations, des contradictions et des combats intimes. Autant de réalités que la littérature permet de saisir, parfois bien mieux que les livres d'histoire.

Cette conviction, Djoher Amhis-Ouksel la partageait profondément.

Professeure de lettres, écrivaine et passionnée de littérature algérienne, Djoher a consacré une grande partie de sa vie à étudier et transmettre les œuvres des écrivains et écrivaines de son pays. Elle a notamment publié chez Casbah Éditions un ouvrage consacré à l'analyse des textes d'Assia Djebar.

Ce qui la passionnait dans ces œuvres dépassait largement la littérature. À travers les personnages et les histoires, elle cherchait aussi à comprendre son pays, les transformations de sa société et les questions qui traversaient les différentes générations d'Algériens et d'Algériennes.

Cette passion, Djoher l'a aussi transmise à sa petite-fille Yasmine, avec laquelle elle a échangé des lettres pendant plus de vingt ans, entre l'Algérie et la France. Des lettres dans lesquelles se mêlent souvenirs, réflexions sur son époque et amour des livres.

Au fil de cette correspondance, c'est un autre regard sur l'Algérie qui se dessine. Celui d'une femme qui a traversé près d'un siècle d'histoire et qui n'a jamais cessé de chercher, dans la littérature, de nouvelles façons de comprendre le monde qui l'entourait.

Aujourd'hui, ces lettres, ses carnets et ses archives familiales sont au cœur de L'Encre et le Figuier, notre nouveau livre consacré à la littérature algérienne.

D'Assia Djebar à Kateb Yacine, de Mouloud Feraoun à Maïssa Bey, on y traverse près d'un siècle d'Algérie, à travers les mots de celles et ceux qui l'ont racontée, mais aussi le regard d'une femme qui a consacré sa vie à les faire connaître.


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