Connaissez-vous ces tapis amazighs ?
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Le tissage occupe une place centrale dans la culture amazighe. Bien plus qu’un simple artisanat, il constitue un pilier de la transmission culturelle, un savoir-faire ancestral majoritairement féminin et un véritable langage symbolique.
Comment fabrique-t-on un tapis amazigh ?
Que signifient ses motifs ?
Et pourquoi le tissage est-il si étroitement lié à la transmission entre générations ?
(Crédit photo bannière : Chloé Lefleur sur Unsplash)
Un savoir-faire ancien transmis entre femmes
Dans les sociétés amazighes traditionnelles, le tissage est pratiqué par les femmes. Ce sont elles qui apprennent, perfectionnent puis transmettent les techniques aux générations suivantes. La transmission ne passe pas par l’écrit mais par l’observation et la pratique. Les jeunes filles apprennent aux côtés des femmes plus âgées. Le geste est répété, corrigé, affiné au fil des années.
Le métier à tisser (aẓeṭṭa) est souvent installé dans la maison ou dans la cour. Sa préparation est une étape collective : plusieurs femmes participent à la mise en place des fils verticaux, appelés fil de chaîne.

Photo : source inconnue (Pinterest)
De la laine au tapis : les étapes du tissage
Le tissage commence bien avant l’installation du métier.
1. La préparation de la laine
La laine est obtenue après la tonte des moutons. Elle est ensuite nettoyée, cardée pour retirer les impuretés, filée à l’aide d’un fuseau afin d’obtenir un fil continu. Les teintures sont traditionnellement naturelles : indigo, henné, safran ou autres pigments végétaux.
2. L’ourdissage
L’ourdissage consiste à tendre les fils verticaux (fil de chaîne) entre deux supports rigides. Cette matrice servira de base au tissage. Une fois le métier prêt, il est installé dans la maison, souvent fixé près d’un mur.
3. Le tissage proprement dit
Le fil horizontal, appelé fil de trame, est passé à la main entre les fils de chaîne. Chaque ligne est positionnée avec précision, souvent à l’aide d’un peigne. Le travail est long et demande patience, concentration et expérience. Chaque tapis nécessite de nombreuses heures de travail.
Les motifs : un langage symbolique
Les tapis amazighs ne sont pas décorés au hasard. On y retrouve fréquemment : des losanges, des zigzags, des lignes, des croix, des palmes, des formes géométriques répétitives. Ces motifs ont des significations symboliques qui varient selon les régions et les communautés. Ils peuvent évoquer la fertilité, l’eau, la protection, la terre ou encore la complémentarité entre le féminin et le masculin.
Le choix des symboles est souvent personnel. La tisseuse peut raconter une histoire à travers son tapis, parfois compréhensible uniquement par celles et ceux à qui la signification a été transmise oralement.
Quelques grands types de tapis amazighs
Si les techniques et les symboles présentent des points communs, chaque région a développé ses propres styles.

Illustrations extraite du livre Le silence de nos grands-mères de Rym Boudjemaa et Camille Clément.
Tapis Beni Ouarain (Atlas, Maroc)
Tissés par les tribus Beni Ouarain du Moyen et Haut-Atlas, ces tapis sont en laine épaisse, souvent écrue, avec des motifs géométriques noirs en losanges. Leur minimalisme est lié à un usage à la base domestique (couvrir et isoler du froid en montagne).
Tapis Azilal (Atlas, Maroc)
Originaires de la région d’Azilal, ces tapis associent fond clair et motifs colorés asymétriques. Plus libres dans leur composition, ils intègrent symboles personnels et expressions narratives, par exemple liés à la fertilité, la protection ou l’histoire familiale.
Tapis Zanafi (Atlas, Maroc)
Tissés à plat (technique proche du kilim), les Zanafi présentent des motifs géométriques très structurés, souvent en noir et blanc. Leur réversibilité et la précision du dessin témoignent d’un savoir-faire technique particulièrement rigoureux.
Tapis Boucherouite (Maroc)
Apparus au XXe siècle, les Boucherouite sont fabriqués à partir de textiles recyclés (coton, fibres synthétiques). Très colorés, ils traduisent une adaptation aux contraintes économiques modernes tout en conservant une logique symbolique et compositionnelle amazighe.
Tapis Aït Hichem (Kabylie, Algérie)
Produits dans le village d’Aït Hichem, ces tapis sont réputés pour leurs bandes horizontales structurées et leurs motifs géométriques codifiés. Les symboles font référence notamment à la femme, à la protection et à l’organisation sociale, dans une esthétique très ordonnée.
Tapis de Tataouine (Tunisie)
Tissés dans le sud tunisien, ces tapis présentent souvent un champ central encadré de bordures géométriques rouges et blanches. Les motifs sont liés aux traditions agraires et à la symbolique protectrice propre aux communautés amazighes du Sud tunisien.
Des objets du quotidien avant d’être des objets d’art
À l’origine, les tapis et textiles amazighs ne sont pas conçus pour l’exportation ou la décoration intérieure moderne. Ils servent à couvrir et réchauffer la famille, confectionner des vêtements ou équiper la maison. Leur fonction est d’abord utilitaire. Ce n’est que plus tard que certains types de tapis amazighs deviennent reconnus à l’international et s’imposent dans les galeries et les intérieurs contemporains.
Malgré cette reconnaissance mondiale, leur dimension symbolique et culturelle reste fondamentale.
Le tissage comme pilier de la transmission culturelle
Dans la culture amazighe, les femmes jouent un rôle essentiel dans la transmission du patrimoine immatériel : langue, contes, cuisine, artisanat. Le tissage en est un exemple majeur. À travers lui, se transmettent des techniques, des symboles, une vision du monde et une manière d’habiter l’espace domestique. Chaque tapis est à la fois objet, mémoire et trace.
C'est pour rendre hommage à la riche et ancienne tradition orale amazighe que nous avons écrit notre livre Le silence de nos grands-mères. Si l'artisanat, les savoir-faire, les traditions amazighes vous intéressent : il est disponible ici.
À bientôt,
Rym et Camille