Connaissez-vous ces 16 figures de la peinture algérienne ?
Partager
L’Algérie a fasciné énormément de peintres venus de France, d'Espagne, d'Italie.... Au XIXe et au début du XXe siècle, Delacroix, Chassériau, Fromentin, Renoir, puis plus tard Matisse, ont été profondément marqués par la lumière d’Alger, les contrastes du désert, l’intensité des couleurs, les architectures blanches, les scènes de marché, les cavaliers, les intérieurs aux tissus vibrants. Ils ont peint l’Algérie à travers différents courants : le romantisme, le réalisme, l’orientalisme académique, puis des touches impressionnistes et post-impressionnistes.
On connaît ces noms.
On les voit dans les musées.
On les étudie dans les manuels d’histoire de l’art.
Mais qu’en est-il des peintres algériens ?
Dès le début du XXe siècle, des artistes comme Mohammed Racim - souvent considéré comme l’un des pionniers de la peinture algérienne moderne - , Omar Racim ou encore Azouaou Mammeri ouvrent une voie. Miniature revisitée, figuration, recherche décorative, puis abstraction, expressionnisme, travail autour du signe : la peinture algérienne explore de multiples directions.
Alors que certains suivent d’abord les pas de la tradition orientaliste ou académique, d’autres s’en détachent progressivement. Dans les années 1960 naît le mouvement Aouchem (“tatouage”), fondé notamment par Choukri Mesli et Denis Martinez, en dialogue avec des artistes comme Mohammed Khadda. L’idée : puiser dans les signes ancestraux nord-africains amazighs - tatouages, motifs populaires, symboles gravés - pour construire une modernité enracinée. Une peinture ancrée ici, mais pleinement contemporaine.
Aujourd’hui, j’ai envie de vous présenter seize peintres algériens dont j’admire le travail.
1. Mohammed Racim (1896–1975)
Quand on regarde une miniature de Mohammed Racim, on a l’impression de se pencher au-dessus d’un trésor. Chaque détail est travaillé avec une précision presque joaillière. Il peint des scènes historiques algériennes avec une finesse incroyable. On sent chez lui une volonté de transmettre une mémoire, de fixer des instants d’un autre temps avec élégance et patience.

Dans une villa à Alger, Mohammed Racim
2. Hacène Benaboura (1898–1960)
Autodidacte, il peint les rues, les cafés, les scènes populaires d’Alger avec une spontanéité touchante. Ses tableaux ont quelque chose de direct, presque naïf, mais profondément vivant. On y sent le mouvement, les conversations, la chaleur urbaine.

Pointe Pescade, Alger - Hacène Benaboura
3. Souhila BELBAHAR (1934-2023)
Peintre autodidacte révélée très jeune, Souhila Belbahar développe un univers profondément personnel, marqué par la couleur et l’imaginaire. Ses toiles oscillent entre figuration libre et expression symbolique, souvent peuplées de silhouettes féminines, d’animaux, de scènes presque oniriques. Il y a chez elle quelque chose de spontané, d’instinctif, une manière de peindre sans rigidité académique, avec une énergie directe. Son œuvre traverse les décennies avec cette même intensité, entre force et liberté.

4. Abdelhalim Hemche (1908–1979)
Chez Hemche, la couleur prend toute la place. Ses scènes de marché et de vie urbaine sont structurées par de larges aplats, des contrastes francs, des silhouettes en mouvement. Il ne cherche pas la minutie du détail : il compose par masses, par rythmes, par chaleur. On sent la lumière, le tumulte, la densité humaine. Une peinture vivante, vibrante, presque orchestrée.

Le marché à Bamako, Abdelhalim Hemche
5. Baya (1931–1998)
Des femmes souveraines, des oiseaux, des couleurs éclatantes. Son univers est immédiatement reconnaissable. Chez Baya, tout est foisonnant, mais rien n’est désordonné. Une œuvre singulière qui traverse les générations.

6. Abdelkader Guermaz (1919–1996)
Figure majeure de l’abstraction algérienne. Ses toiles sont épurées, méditatives, presque silencieuses. Loin du spectaculaire, son travail invite à regarder lentement, à entrer dans la matière.
Composition abstraite, Abdelkader Guermaz
7. M’hamed Issiakhem (1928–1985)
Issiakhem, c’est l’intensité. Des figures marquées, des corps fragmentés, des visages habités. Sa peinture expressionniste est dense, parfois tourmentée, toujours puissante. Impossible de rester indifférent.
Les Martyrs, M'hamed Issiakhem
8. Mohammed Khadda (1930–1991)
Installé à Paris dans les années 1950, Khadda découvre l’abstraction mais choisit de la nourrir des signes de son propre héritage visuel. Lettres déconstruites, fragments calligraphiques, motifs inspirés des tatouages et des architectures traditionnelles : ses toiles deviennent un espace de dialogue entre modernité et mémoire. Proche des artistes d’Aouchem après 1967, il défend l’idée d’un art contemporain profondément enraciné. Une abstraction dense, presque minérale.

Les Casbahs ne s'assiègent pas, Mohammed Khadda
9. Azouaou Mammeri (1892–1964)
Parmi les premiers peintres algériens formés aux Beaux-Arts d’Alger. Sa peinture figurative témoigne d’une période charnière, où une scène artistique locale commence à s’affirmer.

Femme en tenue traditionnelle, Azouaou Mammeri
10. Denis Martinez (né en 1941)
Co-fondateur du mouvement Aouchem en 1967. Son travail explore les signes ancestraux, les tatouages, les symboles populaires dans une recherche plastique libre et vibrante. Une peinture graphique, énergique, profondément ancrée.

Porte de l'illumination, Denis Martinez
11. Mohammed Ranem (1925–2014)
Miniaturiste et peintre, il prolonge une tradition raffinée tout en l’inscrivant dans la modernité du XXe siècle. Chez lui, le détail et la précision restent centraux.

Séance d'un malik et ses conseillers, Mohammed Ranem
12. Mohammed Temmam (1915–1988)
Peintre et décorateur, il travaille aussi dans la miniature et les arts décoratifs. Son univers est structuré, élégant, attentif aux lignes et aux motifs.

13. Mohamed Bouzid (1929–2014)
Peintre et enseignant, il participe activement au développement artistique de l’Algérie après l’indépendance. Son travail s’inscrit dans une recherche moderne attentive à la composition et à la couleur.
La baie, Mohamed Bouzid
14. Bachir Yellès (1921–2022)
Peintre figuratif reconnu, mais aussi acteur majeur de l’enseignement des Beaux-Arts en Algérie. Son rôle institutionnel a contribué à structurer durablement la scène artistique du pays.

L'Odalisque, Bachir Chaouch Yelles
15. Omar Racim (1884–1959)
Calligraphe et miniaturiste, il contribue à transmettre un art délicat inspiré des traditions maghrébines et andalouses. Ses compositions sont précises, harmonieuses, presque contemplatives.
Joie, Omar Racim
16. Aïcha Haddad (1937–2005)
Inscrite dans la modernité algérienne, elle explore formes et couleurs avec sensibilité. Son travail mérite d’être davantage regardé, tant il participe à la richesse de cette histoire picturale.
Bouquet de roses, Aïcha Haddad
Pour finir, un grand merci à mon père qui m’a aidée à peaufiner cette liste de peintres. Si le sujet vous intéresse, nous ferons un deuxième article avec d’autres peintres algériens (il y en a évidemment bien plus que ceux cités ici ;)) !
Alors, une découverte pour vous ou vous les connaissiez déjà tous ?
Dites-nous en commentaire lequel vous avez préféré !
À bientôt,
Rym et Camille
10 commentaires
MERCI
Vous ferez un livre de ces peintures ? J’achète !
Le 1 de loin
Mais tout est beau !
Vous enchantez mon coeur 🙏🏻❤️
Très intéressant