Cet été, on n’a pas vraiment fait une pause
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Cet été, le blog a tourné au ralenti. Pendant quelques semaines, on a rangé les articles, les recherches et les sujets dans lesquels on adore se perdre pour vous partager essentiellement des extraits de nos livres.
Une petite pause estivale, en quelque sorte. Enfin… pour le blog. Parce que de notre côté, l’été est probablement la période de l’année où l’on travaille le plus.
Ceux qui nous suivent depuis longtemps commencent à connaître le rituel : chaque année, au mois d’octobre, nous publions un nouveau livre écrit et illustré par nos soins, autour de l’art, de l’histoire ou des cultures amazighes. Et comme on peut l'imaginer, un livre d’octobre commence rarement en septembre...
En général, dès décembre ou janvier, nous savons déjà plus ou moins où nous voulons aller. Les premiers mois de l’année sont consacrés à la bibliographie : on lit, on cherche, on accumule les livres et les articles, on remonte les sources, on ouvre beaucoup trop d’onglets et on constitue progressivement l’énorme matière dans laquelle on va pouvoir puiser.
Vers le mois de mai, on commence vraiment à écrire. Et très vite, les illustrations suivent. Mais elles aussi ont commencé à exister bien avant le premier coup de crayon : on réfléchit aux couleurs, aux palettes, au style, à l’ambiance générale du livre, à ce qu’on veut qu’il dégage lorsqu’on l’ouvre.
Puis arrive l’été. Et là, en général, c’est le tunnel. On écrit. On dessine. On réécrit. On déplace une phrase. On remet la phrase. On change une illustration. On réalise à 23 h 48 qu’une date ne colle pas. On vérifie. On revérifie. On met en page. On imprime des pages. On les annote. On relit encore.
Bref : chez Taszuri, l’été n’a jamais vraiment été synonyme de vacances. Mais cette année, quelque chose a changé !
Cette fois, il n’y avait pas un livre à terminer. Il y en avait deux.
Début 2025, vous le savez déjà, Taszuri est devenu une maison d’édition.
Cette décision est née d’un constat assez simple. Nos premiers livres avaient rencontré un accueil qui dépassait largement ce que nous avions imaginé et, en parallèle, nous faisions toujours la même observation : les livres accessibles consacrés à l’histoire, aux arts et aux cultures amazighes restaient très peu nombreux.
Alors nous avons décidé d’y consacrer toute notre énergie. Créer davantage de livres, explorer davantage de sujets, raconter davantage d’histoires. Mais devenir maison d’édition signifiait aussi autre chose : ne plus être les seules à les raconter.
Et l’une de ces histoires commence par un message reçu le 25 juin 2025. Une chercheuse en physique nous écrit. Elle vient de perdre un proche auquel elle aimerait rendre hommage à travers un livre. Elle a quelque chose en tête, sans encore savoir exactement quelle forme lui donner. Elle nous envoie notamment un texte publié sur son blog personnel et nous propose d’en discuter.
On échange. Puis on échange beaucoup.
Et assez vite, on commence à découvrir une quantité franchement improbable de points communs. Nous avons grandi dans la même ville, fréquenté le même collège. Nos pères se connaissent et travaillent au même étage. À ce stade-là, on pourrait déjà considérer que les probabilités étaient raisonnablement faibles. Mais puisqu’on parle d’une physicienne, disons simplement que nos trajectoires avaient manifestement décidé de converger.
Il y a aussi la recherche, la thèse, une certaine façon de réfléchir, de creuser les sujets jusqu’au bout, des centres d’intérêt communs… Et surtout quelque chose de beaucoup moins facile à expliquer : les discussions sont immédiatement simples.
Il y a parfois des personnes avec lesquelles on découvre très vite qu’on parle un peu la même langue. Pas parce qu’on a exactement la même histoire, mais parce que certaines expériences, certaines références, certaines façons de regarder les choses se répondent. C’est un peu ce qui se passe.
On parle du livre, puis d’archives, puis d’autre chose, puis à nouveau du livre. Les idées fusent. Elle nous confie progressivement une histoire qui compte énormément pour elle et, de notre côté, on commence à avoir très envie de l’aider à trouver la forme qui lui permettra de la raconter. Alors on commence par se donner rendez-vous une fois par mois.
Et si ce livre existait vraiment ?
À partir de juillet 2025, tous les mois, on se retrouve en visio. On parle du projet. On brainstorme. On passe en revue des archives. On cherche un fil conducteur. On abandonne des pistes, on en ouvre d’autres. Et puis, presque pour jouer, on commence à se fixer une deadline fictive : Et si le livre sortait en 2026 ?
À la fin du mois de janvier, elle commence à écrire. Au début, elle n’ose pas vraiment nous envoyer ses textes. Alors elle nous en lit quelques passages en vocal.
Et là : frissons 🥹
On découvre enfin ce livre dont on parle depuis des mois. Pas son idée, pas son plan, pas les archives qui vont le nourrir : le livre. Les premières pages existent. Et on a terriblement envie de lire la suite. Alors on le lui dit. Et elle continue.
Petit à petit, elle se prête de plus en plus au jeu. Les textes arrivent. Le livre prend forme. Nos appels mensuels continuent et, à chaque fois, on réfléchit ensemble à ce qu’il est en train de devenir.
C’est peut-être l’une des choses que l’on découvre le plus dans notre nouveau rôle d’éditrices : parfois, il ne s’agit pas d’avoir l’idée à la place de quelqu’un. Il s’agit simplement de créer suffisamment d’espace autour d’une idée pour qu’elle puisse grandir.
Puis l’été arrive. Le texte existe désormais suffisamment pour qu’une nouvelle question se pose : À quoi va ressembler ce livre ?
Et cette fois, c’est à moi de jouer.
Je passe plusieurs mois plongée à mon tour dans les archives, les palettes de couleurs et, rendons à Internet ce qui lui appartient… un nombre assez conséquent de tutoriels de dessin sur YouTube. Parce que je ne veux pas illustrer ce livre comme les précédents. Son histoire appelle autre chose.
Je cherche donc un style d’illustration que nous n’avons encore jamais utilisé chez Taszuri. Je teste. Je rate. Je recommence. Je remplis des dossiers d’images. Je change de palette. Je reviens à la précédente. Jusqu’au moment où, petit à petit, quelque chose commence à fonctionner.
Le livre n’est plus seulement écrit. Il a désormais un visage.
Après approximativement 1 819 relectures — estimation scientifiquement très sérieuse — nous y sommes. Au moment où nous écrivons ces lignes, le prototype est en cours d’impression.
Et début octobre, après plus d’un an de discussions, de recherches, d’archives, de vocaux, de dessins et de « attends, j’ai une idée », nous pourrons enfin vous montrer ce sur quoi nous travaillons. Et vous présenter celle qui l’a écrit.
Mais pendant tout ce temps-là, évidemment, Camille n’était pas partie se la couler douce aux Caraïbes. Elle donnait naissance à un autre livre.
Pendant ce temps, de l’autre côté de Taszuri…
Cette deuxième histoire commence en janvier 2026. Et cette fois, tout part d’une illustratrice.
Une illustratrice que je suis depuis ses tout débuts. Une de ces personnes dont je regarde le travail depuis des années en me disant régulièrement : « Un jour, ce serait incroyable de faire quelque chose ensemble. » Et il y a de bonnes chances pour que beaucoup d’entre vous connaissent déjà son travail.
Son univers nous paraît tellement proche de Taszuri qu’on peine presque à imaginer une collaboration plus évidente. Alors, en janvier, avec Camille, on décide de lui écrire.
Et bien sûr, on avait une petite idée derrière la tête. Une idée de livre qu'on aurait pu faire en 2022. En 2023. En 2024. En 2025. Une évidence pour Taszuri. D'une simplicité déconcertante. Et pourtant, on n'y avait jamais pensé... Jusqu'au jour où on décide de contacter notre fameuse illustratrice, et là, on s'est dit : et pourquoi pas ça ? (vous noterez qu'on ne spoile rien avant l'heure).
Premier visio avec elle. Et là encore, ça matche immédiatement.
Elle adore l’idée de travailler sur un livre avec nous et, au fil de la discussion, les passerelles apparaissent. Elle a grandi en Algérie avant de venir poursuivre ses études en France, comme moi. Elle est originaire de Kabylie, région à laquelle elle est profondément attachée et autour de laquelle elle aime transmettre, raconter, dessiner.
Et il y a quelque chose d’assez chouette dans le fait de se retrouver là, des années après avoir découvert son travail derrière un écran, non plus seulement à l’admirer de loin mais à se demander ensemble : bon, qu’est-ce qu’on pourrait créer ?
Cette fois, le trio est formé : Camille écrit, elle illustre, et toutes les trois, nous construisons le livre ensemble.
Le printemps devient donc une immense phase de recherches et de bibliographie. Puis l’été arrive. Camille se lance dans la rédaction. De son côté, notre mystérieuse illustratrice commence à donner un visage à tout ce que Camille est en train d’écrire.
Et pendant que je suis plongée dans mon propre tunnel d’archives et de dessins pour le premier livre, à côté de moi se construit un deuxième univers dont les pages arrivent progressivement. Deux textes. Deux directions artistiques. Deux histoires complètement différentes. Deux livres qui avancent simultanément.
Et, quelque part au milieu, Camille et moi qui essayons de nous souvenir de la dernière version du fichier intitulé « DEFINITIF_VRAIMENT_DEFINITIF_3 » 😭
Quelques jours de mise en page et environ 2 800 relectures plus tard, lui aussi est prêt. Nous venons de l’envoyer à l’imprimeur. Fin novembre, il sera entre vos mains.
Alors, elle était comment, cette pause estivale ?
Pas extrêmement reposante... Mais assez incroyable à vivre. Parce que derrière ces deux livres se cache aussi quelque chose de nouveau pour nous.
Pendant des années, créer un livre chez Taszuri signifiait essentiellement travailler toutes les deux : chercher, écrire, dessiner, mettre en page, douter, recommencer et finir par tenir entre nos mains un objet qui, quelques mois plus tôt, n’existait que dans nos têtes.
Cette année, pour la première fois, le processus s’est ouvert.
Pour l’un des livres, une femme est arrivée avec une histoire qu’elle portait depuis un moment sans encore savoir exactement comment en faire un livre. Elle l’a écrite, je l’ai illustrée et nous l’avons construite ensemble pendant plus d’un an.
Pour l’autre, c’est nous qui sommes allées frapper à la porte d’une femme dont nous admirions le travail depuis des années en lui proposant de venir créer quelque chose avec nous. Camille a écrit, elle a illustré, et un nouvel univers est né de cette rencontre.
Et en écrivant ces lignes, on réalise qu’il y a quelque chose d’assez beau dans la manière dont tout cela s’est fait. Taszuri est né à deux, entre deux femmes qui avaient envie de créer des choses qu’elles ne trouvaient pas ailleurs. Cette année, nous sommes quatre autour de ces deux livres.
Quatre parcours très différents, des métiers, des histoires et des sensibilités différentes, mais cette même envie de chercher, de créer et de transmettre. Avec, surtout, beaucoup d’admiration pour ce que chacune sait faire et cette drôle de facilité à se dire : « vas-y, montre-nous ce que tu as en tête. »
Et puis il y a eu tout ce qui ne se voit pas lorsqu’on découvre simplement un livre terminé : les appels mensuels, les messages envoyés tard le soir, les archives qu’on s’échange, les essais ratés, les premières pages qui donnent des frissons, les « j’ai peut-être une idée », les « attends, regarde ça », les encouragements quand l’une doute, les centaines de petites décisions qui finissent par fabriquer un univers.
C’est probablement ça, finalement, qui nous enthousiasme le plus dans le fait d’être devenues une maison d’édition consacrée à l’histoire, aux arts et aux cultures amazighes. Continuer à créer nos propres livres, bien sûr. Mais aussi ouvrir la porte.
À des histoires que nous n’aurions pas pu raconter nous-mêmes. À des talents que nous admirons. À des femmes avec lesquelles on découvre, parfois très vite, qu’on a envie de construire quelque chose.
Et peut-être qu’au fond, grandir pour Taszuri, ce n’est pas forcément devenir plus grand. C’est devenir plus nombreuses autour de la table.
Cet été, il s’est passé beaucoup de choses. Pour l’instant, on ne vous a montré presque rien. Vous ne connaissez ni les titres, ni les couvertures, ni même les deux personnes avec lesquelles nous travaillons depuis des mois.
Mais ça ne va plus durer très longtemps.
Premier rendez-vous : début octobre.
Et on a vraiment, vraiment hâte de vous montrer la suite.
PS : cet été, il s'est passé autre chose d'assez incroyable. Rarissime, même... Camille est venue me rendre visite à Avignon, et on a pris non pas un... mais DEUX selfies ensemble. Les premiers en cinq ans. Alors cette année, préparez-vous à voir nos têtes AU MOINS deux fois.
À très vite !
Rym