12 peintres marocains qu'il faut absolument découvrir
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Quand on pense à la peinture marocaine, ce sont souvent les mêmes images qui nous viennent en tête : les ruelles de Marrakech baignées de lumière, les jardins luxuriants, les terrasses blanches sous un ciel bleu éclatant.
Pendant longtemps, le Maroc a fasciné les peintres venus d'ailleurs. Eugène Delacroix y découvre une source d'inspiration inépuisable après son voyage de 1832. Henri Matisse tombe amoureux de Tanger. Jacques Majorelle consacre une grande partie de sa vie à peindre le pays et à créer le célèbre jardin qui porte aujourd'hui son nom.
Le Maroc a longtemps été regardé, peint et raconté par les autres.
Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'à partir des années 1950 et 1960, une génération d'artistes marocains va reprendre le pinceau pour raconter sa propre histoire. Certains vont puiser dans les tatouages amazighs, les bijoux, les tapis ou les signes anciens. D'autres vont inventer une abstraction radicale ou peindre la vie quotidienne avec une liberté totale.
En quelques décennies, ils vont donner naissance à une scène artistique passionnante.
Après l'indépendance du Maroc en 1956, plusieurs artistes refusent que la peinture marocaine ne soit qu'une imitation des courants européens. Réunis autour de l'École des Beaux-Arts de Casablanca, ils cherchent une autre voie : une modernité nourrie par les savoir-faire locaux, les signes ancestraux et les arts populaires.
Leur ambition est grande : sortir l'art des musées, le rendre accessible à tous et créer un langage visuel profondément marocain.
On a fait nos recherches et on vous parle ici de quelques-uns des peintres marocains qu'il faut absolument découvrir, la liste n'est évidemment pas exhaustive ;)
#1 Farid Belkahia (1934-2014)
S'il ne fallait retenir qu'un seul nom, ce serait probablement celui-ci.
Directeur de l'École des Beaux-Arts de Casablanca à partir de 1962, Farid Belkahia joue un rôle majeur dans cette révolution artistique. Très vite, il délaisse la peinture traditionnelle sur toile pour expérimenter d'autres supports : le cuir, le cuivre, les pigments naturels ou le henné.
Ses œuvres puisent dans un imaginaire ancien. On y retrouve des formes qui évoquent les bijoux, les tatouages amazighs, les objets rituels ou les symboles protecteurs.
Ce qui frappe, c'est leur capacité à sembler à la fois très anciennes et incroyablement contemporaines. On a parfois l'impression d'observer des fragments d'une mémoire collective dont on aurait oublié l'origine.


#2 Mohamed Melehi (1936-2020)
Impossible de passer à côté de ses célèbres vagues colorées.
Formé à Tétouan, puis à Rome, Madrid et New York, Mohamed Melehi absorbe les influences du Bauhaus, du Pop Art et de l'abstraction américaine avant de les réinventer à sa manière.
Ses lignes ondulantes deviennent sa signature. Elles évoquent à la fois le mouvement des océans, l'énergie du soleil ou les vibrations du monde.
Aujourd'hui encore, ses œuvres semblent d'une modernité saisissante. Elles pourraient avoir été créées hier.


#3 Mohamed Chabâa (1935-2013)
Moins connu du grand public, Mohamed Chabâa est pourtant l'un des penseurs majeurs de cette génération.
Pour lui, l'art ne doit pas rester enfermé dans les galeries. Il doit investir les rues, les affiches, l'architecture et le quotidien.
Ses compositions géométriques, rigoureuses et colorées témoignent d'une volonté de repenser entièrement le rôle de l'art dans la société.
Regarder ses œuvres aujourd'hui, c'est mesurer à quel point elles étaient audacieuses pour leur époque.

#4 Malika Agueznay (née en 1938)
Parmi les rares femmes associées à cette génération, Malika Agueznay occupe une place à part.
Son univers est peuplé d'oiseaux, de plumes et de formes aériennes qui semblent flotter sur la toile.
Ses œuvres dégagent une impression de liberté et de légèreté. Elles invitent à ralentir, à observer et à laisser place à l'imaginaire.

#5 Ahmed Cherkaoui (1934-1967)
Sa carrière n'a duré qu'une dizaine d'années.
Et pourtant, Ahmed Cherkaoui est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands peintres marocains du XXe siècle.
Très tôt, il intègre dans son travail des motifs inspirés des tatouages amazighs, des tapis, des broderies ou des signes protecteurs. Mais loin de les reproduire fidèlement, il les transforme en une écriture personnelle et poétique.
Ses tableaux ressemblent à des constellations de symboles suspendus dans l'espace.
On les regarde longtemps, comme on tenterait de déchiffrer une langue oubliée.

#6 Jilali Gharbaoui (1930-1971)
L'histoire de Jilali Gharbaoui est l'une des plus bouleversantes de la peinture marocaine.
Orphelin très jeune, il étudie à Paris et découvre l'abstraction lyrique européenne. Sa peinture devient alors un véritable exutoire.
Coups de pinceau rapides, matière épaisse, gestes instinctifs : ses œuvres semblent traversées par une urgence vitale.
Il meurt à seulement quarante et un ans, seul, à Paris.
Mais il laisse derrière lui une œuvre d'une intensité rare.

#7 Chaïbia Talal (1929-2004)
S'il y a une artiste dont le parcours semble tout droit sorti d'un roman, c'est bien elle.
Veuve à quinze ans, sans éducation artistique, Chaïbia Talal commence à peindre après avoir rêvé qu'on lui donnait des pinceaux.
Autodidacte, elle développe un style immédiatement reconnaissable : des couleurs éclatantes, des personnages expressifs, des animaux, des fleurs et des scènes de fête.
Longtemps qualifiée d'art naïf, son œuvre est aujourd'hui célébrée dans le monde entier.
Impossible de ne pas sourire devant ses tableaux. Ils débordent de vie.

#8 Hassan El Glaoui (1924-2018)
Le cheval est son obsession.
Fils du puissant pacha de Marrakech, Hassan El Glaoui est encouragé à poursuivre la peinture après avoir montré ses œuvres à Winston Churchill.
Toute sa vie, il représentera les fantasias marocaines : ces impressionnantes démonstrations équestres où les cavaliers galopent côte à côte avant de tirer en l'air.
Ses tableaux capturent le mouvement, la poussière et l'énergie de ces traditions spectaculaires.
On entend presque le bruit des sabots.
#9 Mahi Binebine (né en 1959)
Artiste contemporain reconnu à l'international, Mahi Binebine est également romancier.
Ses peintures mettent souvent en scène des silhouettes allongées, fragiles et anonymes.
Elles abordent des thèmes universels : l'exil, la mémoire, la violence, la dignité humaine ou la solitude.
Malgré leur sobriété, elles dégagent une émotion puissante.
Ce sont des œuvres qui nous obligent à nous arrêter.

#10 Fatima Hassan El Farouj (1945-2010)
Moins connue hors du Maroc, elle mérite pourtant largement sa place parmi les grandes peintres marocaines.
Née à Tétouan, elle était couturière avant de se tourner vers la peinture. Autodidacte, elle s'inspire du monde féminin qu'elle connaît intimement : la broderie, le henné, les cérémonies, les fêtes, les moments partagés entre femmes.
Ses compositions foisonnantes ressemblent presque à des récits illustrés. Les perspectives sont libres, les proportions suivent leur propre logique, comme dans les souvenirs d'enfance.
Ses tableaux donnent l'impression qu'une grand-mère est en train de nous raconter une histoire.

#11 Radia Bent Lhoucine (1912-1994)
Radia Bent Lhoucine ne commence à peindre qu'après cinquante ans.
C'est en observant son fils, le peintre Miloud Labied, qu'elle ressent le désir irrépressible de prendre des pinceaux à son tour. Très vite, ses œuvres attirent l'attention et sont exposées à Paris, Lausanne et Rabat.
Son univers est peuplé d'animaux fantastiques, de personnages imaginaires et de paysages où le réel et le merveilleux se mélangent.
Ses toiles ont quelque chose de profondément poétique. On a parfois l'impression d'observer des contes populaires mis en couleurs.

#12 Fatna Gbouri (1924-2012)
Comme beaucoup de femmes de sa génération, Fatna Gbouri a d'abord travaillé la terre et le tissage.
Elle ne commence à peindre qu'à cinquante-neuf ans, encouragée par son fils, le peintre Ahmed Mjidaoui. Son absence totale de formation académique devient une force : elle peint avec une liberté absolue.
Ses œuvres regorgent de personnages, de fleurs, d'animaux et de scènes du quotidien baignées de couleurs éclatantes.
Elles possèdent une spontanéité désarmante.

On espère que ce nouvel article vous a plu !
Si vous connaissez d'autres peintres marocains à nous faire découvrir, laissez-nous leurs noms en commentaires ;)
À bientôt,
Rym & Camille