Tatouages amazighs : 3 compositions autour de la protection

Tatouages amazighs : 3 compositions autour de la protection

Depuis des millénaires, les femmes amazighes d’Afrique du Nord tatouent leur visage et leur corps de motifs géométriques. Ces tatouages ne sont pas décoratifs : ils ont du sens. Ils marquent des étapes de vie, ils accompagnent, et très souvent, ils protègent.

Aujourd’hui, cette tradition a presque disparu. Et avec elle, une partie du sens de ces symboles.

Chez Taszuri, une partie de notre travail consiste à transmettre ces motifs, leur signification et l’héritage qu’ils portent.

Dans cet article, je vous propose trois compositions inspirées de formes traditionnelles, construites autour d’une idée très présente dans les tatouages amazighs : la protection.

La protection : une présence ancrée dans la vie quotidienne

Dans les sociétés amazighes, la protection occupe une place centrale. Il ne s’agit pas seulement d’une idée symbolique. C’est quelque chose de très concret, qui fait partie du quotidien.

On se protège du mauvais œil, de la malchance, des maladies.
On protège les grossesses, les naissances, les enfants.
On évite d’attirer la jalousie, on cherche à préserver un équilibre.

Pour cela, les femmes utilisaient différents supports.

Les bijoux, d’abord, souvent portés comme des amulettes.
La main aussi, très présente, bien avant ce qu’on appelle aujourd’hui la “main de Fatma”.
Certains objets, transmis ou fabriqués pour protéger.

Il existe aussi des gestes, des rituels, des façons de faire, propres à chaque région, à chaque famille.

Et puis il y a le tatouage. Un moyen d’inscrire durablement cette protection sur le corps. Un signe qu’on porte avec soi, en permanence.

Un motif documenté dans les Aurès

Une partie de ce qu’on connaît aujourd’hui des tatouages amazighs vient de relevés de terrain.

Dans son livre Beauté et identité féminine, Lucienne Brousse rassemble des motifs observés dans les Aurès. Ces dessins ont été réalisés par Éliane Ocre, infirmière, qui reproduisait les tatouages des femmes qu’elle soignait, avec leur accord, en notant aussi leur signification. Et c’est un point essentiel : ce sont les femmes elles-mêmes qui nommaient ces motifs et en donnaient le sens.

Plusieurs d’entre elles ont ainsi identifié certains de ces tatouages comme étant des représentations du burnous. Le burnous, à l’origine, est un vêtement. Une cape qu’on porte pour se couvrir et se protéger du froid, du vent, du regard aussi parfois.

Dans les tatouages, cette idée devient une forme simple : quelque chose qui couvre, qui entoure, qui protège. On retrouve alors des motifs récurrents : des triangles, des lignes verticales, des formes qui encadrent. Des structures simples, mais pensées comme des protections.

#1 Le burnous vertical : protéger ce qui est essentiel

Un axe vertical, une forme triangulaire qui entoure, quelques traits autour. La structure est simple et centrée. Elle évoque une protection directe : quelque chose est au cœur du motif, et tout s’organise pour le couvrir et le préserver. C’est une protection ciblée, presque instinctive.

#2 Le burnous ouvert : étendre la protection

Les lignes s’élèvent et s’écartent, des points apparaissent autour. Le motif ne se referme plus, il s’étend. On passe d’une protection individuelle à quelque chose de plus large : le foyer, les proches, ce qui entoure. La protection ne couvre plus seulement, elle englobe. 

#3 Le burnous minimal : porter la protection sur soi

Quelques lignes, un axe, deux ou trois points. Des formes très simples, proches de celles que les femmes se tatouaient sur le front. On lui a ajouté deux petits motifs symboles de vie épanouie.

 

Composer aujourd’hui avec des symboles anciens

Ces trois compositions ne sont pas des reproductions exactes de tatouages historiques. Elles s’inspirent des motifs traditionnels.

Les femmes amazighes composaient déjà leurs tatouages en associant plusieurs symboles. Chaque combinaison racontait une histoire singulière.

Continuer à composer aujourd’hui, c’est prolonger ce langage.

Pour aller plus loin

Le tatouage amazigh est une tradition ancestrale, mais malheureusement peu documentée. Certains chercheurs ont réalisé un travail de terrain extraordinaire, mais leurs ouvrages sont parfois difficiles à trouver.

C’est pour cela que nous avons créé Taszuri et écrit nos premiers livres : faire vivre et transmettre ces symboles.

Dans nos livres, nous avons répertorié des centaines de motifs, leurs significations, et un fragment de l’histoire des femmes qui les ont portés.

Ils sont à découvrir sur notre site.

 

Une préférence pour l'une de ces trois compositions ? 

Et pour le prochain thème, lequel vous intéresse ? La force ? La vie ? La protection ? Dites-nous en commentaire ;)

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2 commentaires

Merci poir ces ouvrages.

Zerouali

Les tatouages amazighs mis à jour !

AEK Boudjemaa

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