La vie de Taszuri : on vous raconte ?
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Ça fait longtemps qu’on ne vous a pas raconté ce qu’il se passe en coulisses chez Taszuri, non ? Alors faisons un petit point ☺️
Cette année, nous avons radicalement changé le mode de fonctionnement de notre entreprise. On va vous expliquer pourquoi…
Les origines
Au début, Taszuri était un hobby, un moyen pour moi (Rym) d’occuper mon cerveau et mes mains : je rédigeais ma thèse sur la résistance aux antibiotiques, ça aurait dû suffire à m’occuper, vous me direz, mais visiblement il me fallait autre chose. Pendant l’été 2017, en Kabylie, j’ai redécouvert les tatouages que les femmes amazighes portaient sur le visage et sur le corps. Ces tatouages m’ont fascinée et sont devenus une obsession : chercher des livres, poser des questions, comprendre leur signification… J’ai créé Taszuri avant tout pour moi, pour faire vivre cette tradition féminine et ancestrale à travers des objets du quotidien. Embarquer une partie de mes racines avec moi, les faire entrer dans ma maison. Et j’ai voulu partager cette obsession : j’ai créé une marque sur Etsy, un compte Instagram, j’ai fait plein de marchés de créateurs où je vendais jarres, carnets, tasses, décorés de tatouages amazighs… Ça peut paraître niche comme sujet, et pourtant, vous avez été nombreux à me suivre dans mon obsession : en fait, mon histoire était celle de beaucoup d’autres et vous aussi, vous aviez envie de faire vivre la culture amazighe.
Les livres
On vous passe le compte rendu détaillé de toutes les étapes de Taszuri depuis sa création… On voulait juste vous redonner un peu de contexte pour que vous compreniez d’où on vient : Taszuri a commencé comme une marque d’artisanat. Un projet qui occupait mes weekends, les miens… et puis ceux de Camille, qui m’a rejoint dans ma folie en 2019. Ensemble, on a eu envie de voir où on pouvait mener Taszuri. On a testé un milliard de choses (c’est ici qu’on vous épargne le détail… Parce qu’il faut savoir que nous avons toutes les deux des cerveaux légèrement névrosés et qu’on ne fait jamais les choses simplement)… Jusqu’au jour où on s’est dit : et si on écrivait un livre ?
Ça peut paraître évident, vous nous direz… Après tout, ça faisait des années qu’on racontait ce que représentaient les tatouages amazighs… Ce serait pas plus simple de le dire dans un livre, plutôt que sur des tasses ? On était en 2022 à ce stade. Alors on s’est lancées : on a écrit notre premier livre Les femmes vont, et les tatouages racontent : bien plus qu’un recueil de symboles et leur signification, on a pensé ce livre comme un récit de la vie des femmes amazighes et de leur rôle central dans la société : des femmes fortes, courageuses, résilientes, influentes… Nous avons voulu raconter leur histoire, avec, au centre, le tatouage comme symbole de leur valeur et de leur complexité.
Ce livre a rencontré un succès que nous n’attendions pas (le nez toujours plongé dans nos tasses), alors il en a appelé un deuxième en 2023 : Méditerranéennes, où nous sommes allées chercher l’histoire d’autres peuples de femmes tatouées autour de la Méditerranée et leur place inestimable dans la société. Et bien sûr, un troisième en 2024 : Le silence de nos grands-mères, un livre poétique, une immersion au cœur de la tradition orale amazighe pour la découvrir dans toute ses subtilités : contes, gastronomie, artisanat, savoir-faire, fêtes, traditions… et symboles, évidemment.
Changement de cap
En parallèle de ces trois livres, nous continuions à vendre de l’artisanat : art de la table, sacs, bijoux (en collaboration avec l’incroyable Jen de La Jungle Bijoux)... Mais au bout d’un moment, il a fallu revoir la stratégie. Voilà pourquoi (on vous raconte ça de manière méthodique, on est quand même des chercheuses en science à la base) :
(1) L’artisanat demande beaucoup de temps de production et n’est pas scalable. Faire 10 tasses à la main, ça prend 10 x plus de temps que de faire 1 tasse à la main. Alors que Taszuri grandissait, notre croissance était limitée par notre capacité à produire.
(2) Avoir mille produits différents, c’est sympa pour le client, mais compliqué pour nous : à chaque collection, il faut imaginer des nouveaux bijoux, céramiques, sacs, affiches etc en plus des nouveaux livres qui nous demandent quand même beaucoup de temps d’écriture et d’illustration. En plus de la création, il faut organiser les shootings photos (qu’on fait nous-mêmes), vous imaginez bien qu’on ne photographie pas un livre comme on photographie un bijou ou une tasse (au passage, une pensée émue pleine de gratitude envers nos mannequins préférées Dassine, Lyna, et Chanez). Et après ça, il faut aussi communiquer sur ces produits, ce qui peut prêter à confusion : est-ce qu’on parle de livres aujourd’hui ? De tasses ? De bijoux ? Franchement, parfois, on se demandait comment vous arriviez à suivre. Enfin, la diversité des produits complexifie la logistique : longtemps gérées par nous, les commandes sont maintenant expédiées par un logisticien externe, mais quand même, mieux vaut ne pas avoir 2567 références différentes en stock.
(3) Être entrepreneur nécessite d’être à l’écoute de ce que les clients veulent vraiment. Depuis 2022, nos livres sont incontestablement les produits que nous vendons le plus. (Avec les bijoux juste derrière quand même, eux aussi sont des stars). Et ça tombe bien, parce que c’est aussi ce qu’on aime le plus faire : réfléchir aux nouveaux thèmes qu’on veut aborder, faire des recherches, choisir un angle, écrire, illustrer… L’artisanat, c’est chouette, mais on peut pas vous surprendre éternellement en sortant des nouveaux coloris de céramique. Les livres, en revanche… Les livres, c’est infini.
Pour toutes ces raisons… Nous avons décidé de réorienter notre activité et de devenir maison d’édition. C’était une décision stratégique importante (et risquée) pour nous, mais voici pourquoi nous sentons totalement alignées avec cette décision :
La mission de Taszuri, depuis toujours, c’est de faire découvrir au monde toute la beauté et la richesse de la culture amazighe. Nos livres s’adressent à tous : notre priorité est de créer des livres beaux, intéressants, captivants, faciles à lire… tous les moyens sont bons pour vous embarquer avec nous dans ce voyage incroyable : un voyage au cœur d’une culture millénaire, une culture riche, une culture orale qui a survécu au temps et aux contextes historiques en se réinventant en permanence. Une culture loin des stéréotypes, une culture complexe, une culture qu’on gagne à (re)découvrir.
La suite ?
Devenir maison d’édition, ça nous ouvre beaucoup de portes :
Maintenant qu’on fait principalement des livres, on a plus de temps pour en écrire : des sorties tous les 2-3 mois sont prévues à partir de maintenant.
On s’ouvre à d’autres univers, à commencer avec les enfants, ce qu’on fait depuis quelque temps déjà avec notre magazine « Les P’tits Mazouz », nos jeux de cartes et nos livres jeunesse « Les aventures de Lila et Dali » qui vont continuer à emmener vos enfants dans des aventures ludiques et amusantes dans toute l’Afrique du Nord.
On s’ouvre à de nouveaux auteurs et autrices !!! Et ça, c’est un grand pas pour nous. L’occasion de changer un peu de voix, de style… De vous surprendre… De varier les points de vue, les manières d’aborder la culture, d’apprivoiser le monde. Nous, vous l’avez compris, on est d’anciennes chercheuses ; avec nos livres, on fait en fait de la vulgarisation culturelle (trois premiers livres) et historique (Sur les traces des Amazighs sur l'histoire ancienne du peuple amazigh et Lieux merveilleux sur le patrimoine architectural amazigh). Mais on a envie de vous proposer BEAUCOUP plus : plus de poésie, des récits plus personnels, des formats variés…
Dans les trois prochains mois, nous allons sortir deux nouveaux livres :
(1) Un livre jeunesse écrit et illustré par une autrice et un illustrateur qu’on adore. Ce livre s’adressera à des enfants un peu plus grands… C’est une histoire plus poétique que ce qu’on vous propose habituellement. On a hâte de vous faire découvrir leur plume et leur pinceau !
(2) Un roman d’un auteur incroyable… Aaaaaah les romans. On est tellement excitées à l’idée de vous le dévoiler. Pour nous, c’est un challenge : est-ce qu’on va réussir à vendre un roman sur internet ? Pas d’images à l’intérieur : est-ce que les photos du livre lui rendront justice ? Comment vous faire tomber amoureux, comme nous, de l’univers de cet auteur ? On va devoir repenser notre manière de communiquer, créer des nouveaux formats, se réinventer… Mais le jeu en vaut la chandelle. Parce qu’un roman, c’est un support infiniment puissant pour faire passer des messages. Se plonger dans une histoire, s’attacher à des personnages, à une époque à des décors… Quelle immersion, quelle puissance que la littérature ! La fiction est un style qui complète parfaitement nos livres plus académiques… Alors c’est un challenge qu’on a hâte de relever.
Car publier des romans, c’est aussi l’occasion de poser une question qui nous tient à cœur : comment la culture amazighe, et les cultures nord-africaines en général, sont-elles représentées dans la littérature en France ? Les auteurs et autrices, mais aussi les histoires, les personnages, les décors… On entend parler de colonisation, de guerre… Mais pourquoi ne parle-t-on pas de l’art ? Des peintres, des musiciens, des écrivains ? Pourquoi ne parle-t-on pas des femmes ? De celles qui ont inspiré, combattu, imaginé ? Pourquoi ne parle-t-on pas d’Histoire ? Du fait que les Amazighs occupent les terres nord-africaines depuis des millénaires, sans que le monde ne connaisse réellement leur histoire, leur patrimoine architectural, leur art, leurs façons de pensée ? Pourquoi ne parle-t-on pas des régions ? La Kabylie, l’Aurès, le Rif, l’Atlas, Djerba, les Canaries… Ces régions, elles nous fascinent, elles nous donnent envie de les découvrir, d’en faire des héros de romans, des scènes de théâtre, des décors de cinéma. Peintres, écrivains, photographes, musiciens, artistes, hommes et femmes algériens, marocains, tunisiens, libyens… et membres de la diaspora, nous voulons vous lire dans les plus beaux romans, vous découvrir dans les plus folles histoires, vous imprimer dans notre imaginaire.
Notre mission est de donner de la place à ces histoires. Montrer au monde toute la richesse qu’on a à gagner quand on s’ouvre à la culture de l’autre. En 2026, c’est une question brûlante… Mais, chez Taszuri, c’est une question à laquelle nous ne renoncerons pas.