Chenini, Matmata, Tataouine… Connaissez-vous ces villages troglodytes du sud tunisien ?
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Dans le sud-est tunisien, au cœur des monts du Dahar, certains villages pourraient presque passer inaperçus.
Il faut s’approcher, regarder attentivement, parfois même descendre sous terre pour les découvrir. Là, apparaissent des habitations creusées directement dans la roche, organisées autour de cours intérieures, protégées du vent et du soleil. Chenini, Matmata, Tataouine… des noms qui évoquent des paysages arides, mais aussi une architecture unique.
Ces villages troglodytes fascinent souvent au premier regard. Parce qu’ils semblent hors du temps. Parce qu’ils rappellent, pour certains, des décors de films... et ce n’est pas un hasard : Matmata a notamment servi de cadre à certaines scènes de Star Wars. Mais au-delà de cette image, ces lieux racontent surtout une réponse très concrète à un environnement exigeant.
Habiter dans la terre plutôt que sur la terre
Un village troglodyte est un ensemble d’habitations creusées directement dans le sol ou dans la roche.
À Matmata, par exemple, les habitations s’organisent autour de grandes cours circulaires creusées dans la terre. Les pièces sont ensuite aménagées dans les parois, formant un espace de vie à la fois protégé et fonctionnel. À Chenini, le principe est différent : le village s’accroche à la montagne, les habitations se superposent, tirant parti du relief pour surveiller les alentours.
Deux formes, deux paysages, mais une même logique : s’adapter au territoire plutôt que le contraindre.

Une architecture née de la contrainte
Ces villages se développent principalement à partir du Moyen Âge, dans une région où les conditions de vie sont particulièrement difficiles. Chaleur extrême, vents chargés de sable, rareté de l’eau… chaque élément impose ses contraintes.
L’architecture troglodyte apparaît alors comme une réponse à ces défis.
La terre agit comme un isolant naturel. À l’intérieur des habitations, la température reste relativement stable tout au long de l’année, offrant une fraîcheur précieuse en été et une protection contre les écarts thermiques. Sans technologie, sans climatisation, simplement grâce à une compréhension fine de l’environnement.
Ces habitations protègent également du vent et du sable, tout en permettant une meilleure gestion de l’eau, ressource vitale dans cette région aride. Rien n’est décoratif dans ces choix. Tout répond à une nécessité.

Se protéger, se cacher, survivre
Au-delà du climat, l’implantation même des villages répond à des enjeux de protection.
À Chenini, la position en hauteur permet de surveiller les alentours et de se défendre plus facilement en cas de menace. Le village devient alors un point d’observation, presque une forteresse intégrée au paysage.
À Matmata, au contraire, les habitations disparaissent sous terre. Cette organisation favorise la discrétion et offre une protection naturelle contre les regards extérieurs, mais aussi contre les conditions climatiques extrêmes.
Ces choix ne sont pas anodins. Ils racontent un territoire traversé par des enjeux de survie, où l’habitat devait à la fois protéger du climat et des hommes.

Des lieux hors du temps… ou profondément ancrés dans le réel ?
Ce qui frappe aujourd’hui, c’est le décalage entre l’image que ces villages renvoient et leur fonction initiale.
On les compare souvent à des décors de science-fiction. On les trouve “insolites”, “spectaculaires”. Pourtant, ils sont avant tout le fruit d’une logique simple : utiliser ce que le territoire offre, comprendre ses contraintes, et y répondre avec intelligence.
Ces villages ne sont pas hors du temps. Ils sont au contraire le produit d’un moment précis de l’histoire, d’un environnement donné, et d’un savoir-faire transmis au fil des générations.

En observant ces lieux, uon comprend que bien avant l’architecture moderne, bien avant les technologies que nous utilisons aujourd’hui, des solutions durables et efficaces existaient déjà. Des solutions pensées non pas pour dominer un environnement, mais pour vivre avec lui.
Ces villages troglodytes en sont une belle illustration.

Et si les lieux racontaient ce qu’on oublie ?
Ces villages du sud tunisien ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres en Afrique du Nord.
Dans Lieux merveilleux du monde amazigh, nous avons choisi de raconter huit lieux, au Maroc, en Algérie et en Tunisie, qui permettent de lire autrement l’Histoire amazighe. Huit lieux où la pierre, la terre et les paysages deviennent des témoins.
Parce que parfois, les lieux racontent une histoire que la mémoire oublie.
Et il suffit de prendre le temps de les regarder pour commencer à la comprendre.
Le livre "Lieux merveilleux du monde amazigh" est disponible ici.
On espère que cet article vous a plu !
À très bientôt,
Rym & Camille
