8 groupes de "blues touareg" (ishoumar) à découvrir
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Ils chantent le “blues” dans le désert. Et leur musique est aujourd’hui écoutée dans le monde entier. Des festivals européens aux scènes internationales, certains groupes touaregs sillonnent la planète pour jouer et faire entendre leur musique, née dans le Sahara.
Ishumar ou blues touareg ?
On parle souvent de “blues touareg” pour désigner cette musique. Pourtant, elle est d’abord liée à ce que l’on appelle l’ishumar.
Né à la fin des années 1970, ce mouvement musical prend forme dans un contexte de bouleversements profonds. Une génération de jeunes Touaregs, confrontée aux sécheresses, aux transformations politiques et à l’exil, développe une nouvelle manière de chanter le désert. Le mot ishumar, dérivé du français “chômeur”, en vient à désigner ces jeunes en déplacement, mais aussi, par extension, la musique qu’ils font circuler.
Cette musique est souvent qualifiée de “blues touareg” car elle partage avec le blues américain une même origine : celle de chansons nées dans des contextes de rupture, de déplacement et d’injustice. Une musique traversée par la mélancolie, mais aussi profondément liée à une forme de résistance.
Pour autant, il ne s’agit pas d’un simple équivalent du blues. C’est un univers musical à part entière, avec ses propres codes, ses propres rythmes et ses propres récits. Les structures sont souvent répétitives, presque hypnotiques, construites autour de motifs de guitare qui s’entrelacent. Les mélodies s’étirent, la voix porte le texte avec retenue, et les paroles mêlent poésie, actualité politique, mémoire du territoire et attachement au désert.
Au cœur de ces chansons, un mot revient souvent : assouf. En tamachek, il désigne une forme de solitude et de mélancolie, un sentiment de manque, mais aussi une douceur. Une émotion profondément liée à cette musique.
Tinariwen, à l’origine d’un son
À l’origine de ce mouvement, un groupe joue un rôle central : Tinariwen.
Leur histoire est indissociable de celle de l’ishumar.
Ibrahim Ag Alhabib, fondateur du groupe, grandit entre le désert et les camps de réfugiés, après avoir vu son père, rebelle touareg, exécuté alors qu’il n’était qu’un enfant. Adolescent, il découvre une guitare en regardant un western projeté dans un cinéma de fortune. Fasciné, il en fabrique une lui-même, avec les moyens du bord, et commence à jouer.
À la fin des années 1970, à Tamanrasset puis en Libye, il rencontre d’autres jeunes Touaregs en exil. Ensemble, ils commencent à jouer lors de mariages et de rassemblements. Leurs chansons parlent directement à ceux qui les écoutent : l’exil, le manque, la mémoire du territoire.
Dans les années 1980, leur musique s’inscrit dans le contexte des rébellions touarègues. Les cassettes circulent, copiées et recopiées, à travers le Sahara. Elles passent de main en main, d’un campement à l’autre. Elles racontent, elles rassemblent, elles accompagnent.
Tinariwen devient peu à peu une référence.
Avec eux, cette musique sort du désert. Le groupe tourne aujourd’hui dans le monde entier, remplit des salles, collabore avec des artistes internationaux. Il a été disque d’or en France et en Angleterre, a remporté un Grammy Award, et est admiré par des artistes comme Radiohead ou Led Zeppelin. Robert Plant dira même, en les découvrant, qu’il avait l’impression d’entendre une musique qu’il cherchait depuis toujours.
Mais au-delà de cette reconnaissance, Tinariwen a surtout ouvert une voie.
Depuis, de nombreux groupes ont émergé, au Mali, au Niger, en Algérie ou ailleurs. Certains prolongent directement cet héritage, d’autres le font évoluer, mais tous s’inscrivent dans cette continuité.
Voici quelques groupes pour entrer dans cet univers.
1. Tinariwen
Le groupe fondateur. Une musique née dans l’exil, qui a posé les bases de ce son et l’a fait circuler bien au-delà du Sahara.

2. Les Filles de Illighadad
Un groupe porté par Fatou Seidi Ghali, qui relie la guitare à des pratiques musicales locales comme le tende, et propose une autre manière d'interpréter ce répertoire.
Crédit photo : François-Xavier Freland
3. Toumast
Porté par Moussa Ag Keyna, ancien combattant puis exilé, le groupe développe une musique marquée par la mémoire, l’éloignement et les trajectoires individuelles.

4. Terakaft
Formé par des musiciens issus de la même génération que Tinariwen, Terakaft propose un son plus brut, plus direct, très ancré dans le désert.

5. Tamikrest
Une nouvelle génération qui prolonge cet héritage tout en l’ouvrant à d’autres influences, notamment rock, avec une écriture plus contemporaine.
6. Imarhan
Basé à Tamanrasset, le groupe propose une approche plus fluide, avec des compositions plus ouvertes et une certaine légèreté dans les arrangements.

Crédit photo Marie Planeille
7. Kel Assouf
Fondé par un musicien nigérien en diaspora, le groupe mêle les bases du blues touareg à des sonorités plus électriques, parfois plus rock.

8. Etran de L’Aïr
Originaire d’Agadez, le groupe développe une musique plus rapide, plus festive, liée aux mariages et aux rassemblements.

Ce qui frappe, quand on découvre cette musique, c’est le chemin qu’elle a parcouru.
Née dans le désert, diffusée sur cassette, elle est aujourd’hui jouée sur des scènes du monde entier. Des groupes comme Tinariwen ont ouvert la voie, et derrière eux, toute une scène s’est développée.
Une musique née d’une rupture, devenue un langage.
Une musique qui parle d’absence, mais aussi d’attachement.
Une musique qui continue d’évoluer, sans jamais rompre avec ce qui l’a fait naître.
Alors, une découverte pour vous ou vous connaissiez déjà ces groupes ?
À bientôt,
Rym & Camille