3 grands moments de l'Histoire amazighe
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L’Histoire amazighe est remplie de lieux spectaculaires, de dynasties oubliées et de royaumes dont on parle encore très peu aujourd’hui. Pourtant, certains épisodes historiques racontent à eux seuls les grandes transformations qu’a connues l’Afrique du Nord au fil des siècles.
Aujourd’hui, on avait envie de revenir sur trois anecdotes historiques tirées de notre livre Lieux merveilleux : la fondation de Marrakech par les Almoravides, la fuite des Hammadides hors de leur capitale, et la naissance des premiers royaumes numides autour du Medracen.
Marrakech : une cité fondée par des hommes du désert
Marrakech est fondée au XIe siècle par les Almoravides, une dynastie amazighe issue des tribus sanhadja du Sahara. À cette époque, les Almoravides sont en pleine expansion politique et militaire. Leur chef, Youssef Ibn Tachfine, cherche alors à établir une capitale capable de contrôler les routes commerciales entre le Sahara, le Maghreb et l’Andalousie.
Le choix du site de Marrakech n’est pas anodin. La ville se situe dans une plaine au pied du Haut Atlas, à un emplacement stratégique entre les routes transsahariennes et les grands axes du nord. Mais construire une ville dans un environnement semi-aride pose un problème majeur : l’eau. Les Almoravides mettent alors en place un vaste système hydraulique inspiré des techniques sahariennes. Des khettaras (galeries souterraines drainant les nappes phréatiques) permettent d’alimenter la ville en eau.
La Qoubba almoravide de Marrakech, construite sous Ali Ibn Youssef, fils de Youssef Ibn Tachfine, faisait partie de ce réseau. Ce bâtiment, connu entre autres pour ca coupelle, ces décors mêlant influences amazighes, andalouses et arabes, et pour ces détails subtils en céramique, servait notamment aux ablutions rituelles avant la prière. Aujourd’hui, la Qoubba est le seul vestige almoravide encore visible dans Marrakech. La majorité des constructions de cette période furent détruites ou remplacées après l’arrivée des Almohades au XIIe siècle.

La Kalâa des Beni Hammad : une capitale abandonnée
Fondée au début du XIe siècle par Hammad Ibn Bologguin, la Kalâa des Beni Hammad devient la capitale de la dynastie hammadide, dans les montagnes du Hodna, en Algérie actuelle.
La ville est pensée comme une grande cité politique et culturelle. Elle abrite des palais, une grande mosquée, des jardins, des bibliothèques et attire des savants venus de différentes régions du monde musulman. Au XIe siècle, la Kalâa est un centre intellectuel important du Maghreb.
Mais son histoire bascule avec l’arrivée des tribus hilaliennes vers le milieu du siècle. Ces tribus arabes nomades, encouragées par les Fatimides (puissance nord africaine basée au Caire) à se déplacer vers l’ouest, bouleversent profondément les équilibres politiques et économiques du Maghreb. Les campagnes sont déstabilisées et plusieurs centres urbains s’effondrent progressivement.
Face à cette situation devenue ingérable, les Hammadides prennent la décision de déplacer leur pouvoir vers Béjaïa en 1090. Avant leur départ, ils organisent le transfert des richesses de la ville : manuscrits, trésors, archives et objets précieux sont déplacés vers leur nouvelle capitale maritime. La Kalâa des Beni Hammad est alors progressivement abandonnée.

Le Medracen et la naissance des royaumes numides
Le Medracen, situé près de Batna dans les Aurès, est l’un des plus anciens mausolées royaux d’Afrique du Nord. Construit entre le IVe et le IIIe siècle avant notre ère, ce monument monumental témoigne de l’émergence des premiers royaumes amazighs organisés dans la région.
À cette époque, le peuple massyle commence progressivement à se structurer politiquement. Ces populations amazighes vivent principalement entre l’Aurès et Cirta et entretiennent déjà des relations avec Carthage et le reste du monde méditerranéen.
Le Medracen impressionne par ses dimensions : près de 59 mètres de diamètre et environ 19 mètres de hauteur. Son architecture mélange des éléments berbères, puniques et méditerranéens, notamment avec la présence de colonnes doriques et de corniches inspirées de l’architecture égyptienne. Le mausolée contenait une chambre funéraire souterraine, mais celle-ci fut pillée dès l’Antiquité. Aucun squelette n’a été retrouvé.
Les historiens ignorent donc encore pour quel souverain exact le monument fut construit. Plusieurs hypothèses existent. Certains chercheurs ont proposé d’y voir le tombeau d’un ancêtre de Massinissa, célèbre roi numide du IIe siècle avant notre ère.
Même si son commanditaire reste inconnu, le Medracen apporte une preuve essentielle : plusieurs siècles avant Massinissa et la Numidie unifiée, des formes de pouvoir royal existaient déjà chez les populations amazighes du nord de l’Afrique.

Ces trois histoires sont tirées de notre livre Lieux merveilleux, consacré à plusieurs lieux emblématiques du patrimoine amazigh entre Maroc, Algérie et Tunisie. Des lieux qui racontent autant l’Histoire politique de l’Afrique du Nord que ses échanges, ses dynasties et ses transformations au fil des siècles.

À bientôt,
Rym & Camille