12 artistes de funk en Afrique du Nord, le groove oublié des années 70-80
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Dans les années 1960, le funk naît aux États-Unis, porté par des artistes comme James Brown, mêlant soul, rhythm & blues et groove syncopé. Très vite, ce son dépasse les frontières. Les disques voyagent, passent de main en main, s’écoutent dans les salons, les cafés, les voitures… et finissent par inspirer toute une génération de musiciens.
En Afrique du Nord, c’est surtout dans les années 70 et 80 que ça se joue. Dans des villes comme Casablanca, Alger, Tunis ou Le Caire, une génération d’artistes commence à expérimenter. Ils écoutent du funk, du rock, de la disco… et les mêlent à leurs propres références : rythmes chaâbi, influences gnawa, mélodies arabo-andolouses, instruments traditionnels.
Le résultat ? Une scène hybride, moderne, parfois audacieuse, souvent oubliée.
Pendant longtemps, ces morceaux sont restés dispersés, pressés en petites quantités sur vinyles ou K7. Et puis, des passionnés ont commencé à les redécouvrir. Parmi eux, Habibi Funk.
Habibi Funk, c’est aussi l’histoire de Jannis Stürtz, DJ berlinois, digger passionné et cofondateur de Jakarta Records. En 2015, il lance Habibi Funk Records, un label de réédition consacré aux musiques du monde arabe des années 1960 à 1980 : funk, soul, jazz, disco, reggae, synth-pop… Son travail consiste à retrouver des vinyles et K7 parfois très rares, à remonter jusqu’aux artistes ou à leurs familles, puis à rééditer ces morceaux avec un vrai travail de contextualisation : livrets, photos, archives, récits.
Aujourd’hui, on vous propose de plonger dans cette ambiance avec quelques artistes qui nous ont particulièrement marquées.
#1 Fadoul (Maroc)
Surnommé le “James Brown de Casablanca”, Fadoul incarne à lui seul cette période bouillonnante. Sa musique mélange groove américain, énergie rock et sonorités locales, dans un Maroc en pleine effervescence culturelle.
Ses reprises en arabe de classiques du funk sont devenues cultes, mais ce sont surtout ses compositions originales qui marquent par leur spontanéité et leur puissance.
Chanson préférée : Bsslama Hbibti
#2 Ahmed Malek
Ahmed Malek est surtout connu pour ses compositions de musiques de films dans l’Algérie des années 70. Mais derrière ces bandes originales se cache un univers beaucoup plus large, où se croisent funk, jazz, psyché et orchestrations très fines.
Sa musique est à la fois élégante et profondément moderne, avec ce mélange très particulier de groove et de mélancolie. Redécouvert ces dernières années, notamment grâce à des rééditions, il est aujourd’hui considéré comme une figure essentielle de cette scène.
Chanson préférée : Djalti

#3 Attarazat Addahabia (Maroc)
Fondé à Casablanca à la fin des années 60, Attarazat Addahabia propose un son unique, à la croisée du funk, du rock psychédélique et des rythmes gnawa.
Leur musique est dense, expérimentale, parfois déroutante, mais toujours habitée. C’est l’un des meilleurs exemples de cette fusion entre influences occidentales et héritage musical local.
Chanson préférée : Aflana
#4 Carthago (Tunisie)
Carthago naît de la rencontre entre plusieurs formations locales. Leur musique oscille entre funk et disco, avec une vraie volonté de moderniser la scène tunisienne.
On y retrouve des arrangements soignés, des rythmes dansants et une ouverture vers des sonorités internationales.
Chanson préférée : Alech

#5 Hamid Al Shaeri (Libye / Égypte)
Hamid Al Shaeri est une figure clé d’une nouvelle scène urbaine dans les années 80. Avec ses synthétiseurs, ses rythmes électroniques et ses influences funk et disco, il participe à transformer durablement la musique arabe populaire.
Son morceau “Ayonha”, redécouvert plus tard, illustre parfaitement cette modernité.
Chanson préférée : Ayonha
#6 Majid Soula (Algérie)
Majid Soula propose une musique à la croisée des influences, entre groove moderne et racines kabyles.
Une manière de s’approprier des codes venus d’ailleurs tout en restant très ancré dans un territoire et une langue.
Chanson préférée : Netseweth Sifassan Nagh

#7 Al Massrieen (Égypte)
Créé à la fin des années 70, Al Massrieen marque un tournant dans la musique égyptienne. Le groupe introduit des arrangements modernes, des harmonies nouvelles et des influences pop, funk et électroniques.
Chanson préférée : Sah
#8 Belbao (Maroc)
Peu d’informations circulent sur Belbao, et c’est aussi ce qui fait son charme. Ses morceaux, retrouvés parfois sur des pressages rares, témoignent d’une scène vivante mais fragmentée.
Un funk teinté de soul, avec des arrangements simples mais efficaces.
Chanson préférée : Casablanca Shuffle

#9 Mallek Mohamed (Algérie)
Mallek Mohamed développe une musique marquée par les voyages entre l’Algérie et la France. Ses morceaux mêlent groove disco, instruments traditionnels et influences occidentales.
Une musique à la fois nostalgique et très dansante.
Chanson préférée : Rouhi ya Hafida

#10 Freh Khodja (Algérie)
Freh Khodja est souvent associé au reggae, mais ses expérimentations vont bien plus loin. Sur certains morceaux, il mélange funk, rythmes africains et influences caribéennes.
Une approche libre, hybride, qui reflète bien l’esprit de l’époque.
Chanson préférée : La coladera

#11 Najib Alhoush (Libye)
Najib Alhoush fait partie de ces artistes dont les morceaux circulent aujourd’hui surtout grâce aux collectionneurs et aux rééditions.
Une musique précieuse, qui témoigne d’une scène encore largement à explorer.
Chanson préférée : Hawelt Nensa Ghalaak
#12 Zohra
Zohra fait partie de ces artistes dont on sait peu de choses, mais dont les morceaux continuent de circuler .
Sa musique, entre funk, soul et influences locales, se distingue par une forme de simplicité et une voix très marquée. Ce sont souvent ces titres, retrouvés au fil des années, qui donnent le mieux à sentir l’atmosphère de l’époque.
Chanson préférée : Badala Zamana
Ahmed Fakroun (Libye)
Ahmed Fakroun fait partie de ces artistes qu’on écoute une fois… puis qu’on remet immédiatement. Dans les années 70 et 80, ce musicien libyen développe un son très personnel, où se croisent funk, disco, reggae, pop électronique et musique arabe. Il chante aussi bien en arabe qu’en anglais, utilise synthétiseurs et boîtes à rythmes, et compose des morceaux qui semblent parfois complètement hors du temps.
Sa musique donne un aperçu fascinant d’une scène libyenne bien plus moderne et expérimentale qu’on ne l’imagine souvent.
Ces dernières années, plusieurs de ses morceaux ont été redécouverts grâce aux collectionneurs, DJs et labels de réédition, jusqu’à devenir cultes auprès de toute une nouvelle génération d’auditeurs.
Chanson préférée : Soleil Soleil
Pour aller plus loin
Si ces univers vous parlent, prenez le temps d’explorer les compilations de Habibi Funk. C’est une porte d’entrée idéale pour découvrir ces sons dans toute leur diversité.
Leur site : https://habibifunkrecords.bandcamp.com/